Bonjour Ă tous.tes,
JâespĂšre que vous profitez de ce soleil âïž et que votre stock de vitamine D se refait une santĂ© (parce quâavec lâambiance gĂ©nĂ©rale, on en a bien besoin !). Mais petite info du jour : papier et soleil, ce nâest pas franchement une histoire dâamour. Le papier, câest vivant, et selon sa qualitĂ©, il rĂ©agit plus ou moins bien aux UV. Vous avez sĂ»rement des livres dans votre bibliothĂšque qui ont jauni avec le temps (surtout en littĂ©rature, câest un... grand classique ;) +10 Ă moi-mĂȘme pour celle-lĂ đ).
Ce phĂ©nomĂšne, câest dĂ» Ă lâoxydation de la lignine, un composant naturel du bois. Plus le papier est de mauvaise qualitĂ©, plus il jaunit vite (coucou les vieux poches oubliĂ©s au soleil). Les imprimeurs et papetiers ont dâailleurs quelques astuces pour ralentir ce vieillissement, mais ça, on en parlera une autre fois.
CâĂ©tait lâinstant mĂ©tĂ©o & papeterie. Passons au vrai sujet du jour : le calage en imprimerie.
Dans le numĂ©ro prĂ©cĂ©dent, je vous parlais de mes dĂ©placements chez les imprimeurs pour superviser le calage machine. Aujourdâhui, entrons dans les dĂ©tails de cette Ă©tape cruciale qui garantit que la couverture dâun livre corresponde bien aux souhaits de lâauteur.rice et Ă©diteur.rice.
1. Avant lâimpression : les ajustements en amont
Tout commence bien avant dâarriver chez lâimprimeur. Une fois la couverture finalisĂ©e par le graphiste et validĂ©e sur le plan Ă©ditorial, elle passe entre les mains du photograveur, un spĂ©cialiste qui ajuste les images pour quâelles soient optimales Ă lâimpression. Il nous envoie ensuite un cromalin, un tirage papier qui servira de rĂ©fĂ©rence pour les couleurs.
Ce cromalin est essentiel : câest notre boussole couleur. Avec lâĂ©diteur.rice, on lâexamine attentivement pour sâassurer que le rendu est fidĂšle Ă nos attentes. Si nĂ©cessaire, on demande des ajustements (par exemple, rĂ©duire un excĂšs de rouge dans un visage ou augmenter le contraste). Une fois validĂ©, ce cromalin est envoyĂ© chez lâimprimeur pour quâil puisse rĂ©gler ses machines avant mon arrivĂ©e.
2. Sur place : lâĂ©preuve du calage
Quelques jours plus tard, me voilĂ chez lâimprimeur, souvent Ă lâaube et parfois trĂšs loin (je vous Ă©pargne mon calage en Bosnie-HerzĂ©govine : 7h de trajet, 3h de voiture pour 30 minutes de calage... oui, jâai encore des sueurs froides).
LâopĂ©rateur a dĂ©jĂ prĂ©parĂ© les premiers rĂ©glages. Il me tend les premiĂšres feuilles imprimĂ©es et câest lĂ que tout se joue : en comparant la feuille imprimĂ©e avec mon cromalin, je dois repĂ©rer la moindre variation de couleur.
Exercice pĂ©rilleux : lâĆil doit ĂȘtre affĂ»tĂ© pour percevoir les nuances et comprendre comment corriger le tir. Une impression offset repose sur quatre couleurs de base : cyan, magenta, jaune et noir. Si la feuille imprimĂ©e tire trop vers le jaune-vert, par exemple, je demande au conducteur machine de rĂ©duire le jaune pour rééquilibrer le cyan et obtenir un beau vert.
SynthĂšse soustractive pour les couleurs
DĂšs que jâexige une correction, lâopĂ©rateur applique les ajustements et nous rĂ©imprimons quelques feuilles pour vĂ©rifier. Ce va-et-vient continue jusquâĂ ce que les couleurs soient OK pour moi.
3. Le moment fatidique : la validation
Quand, ENFIN, tout est bon, je signe la feuille rĂ©fĂ©rence BAT (Bon Ă Tirer). Ce document est LA rĂ©fĂ©rence absolue pour lâimprimeur. Sâil sâĂ©carte de cette feuille pendant le tirage final et que le rĂ©sultat nâest plus conforme, il devra tout rĂ©imprimer Ă ses frais. Vous comprenez pourquoi je signe en tremblant : la validation couleur est de mon entiĂšre responsabilitĂ©, donc si auteur.ice pas content.e = Ă©diteur.ice pas content.e, et si on doit dans le pire des cas rĂ©imprimer câest lâĂ©diteur qui paie đž. Je peux vous dire que pour un livre Ă fort enjeu, la pression est maximale.
4. Et quand je ne me déplace pas ?
Câest simple : le cromalin validĂ© fait foi. Si, Ă la rĂ©ception des livres finis, les couleurs sont trĂšs diffĂ©rentes du cromalin envoyĂ©, on peut exiger une rĂ©impression⊠mais rassurez-vous, câest extrĂȘmement rare. Ce qui mâest dĂ©jĂ arrivĂ© câest de demander une Ă©norme remise commerciale car effectivement la couverture nâĂ©tait pas Ă la hauteur de nos attentes. Malheureusement on ne pouvait se permettre une rĂ©impression car le livre ne pouvait en aucun cas ĂȘtre reportĂ© en librairie.
Et pour lâintĂ©rieur du livre ? Le processus est le mĂȘme, mais bien plus long ! On se concentre donc surtout sur les parties les plus complexes, et ensuite le conducteur machine ajuste en fonction de la validation des premiĂšres parties pour une cohĂ©rence des couleurs.
VoilĂ , vous savez maintenant ce quâest un calage en imprimerie ! Si vous ĂȘtes encore lĂ , bravo Ă vous, vous pouvez candidater Ă Koh Lanta sans problĂšme đđż
Câest le priiiintemps aujourdâhui đž Alors quoi de mieux que de vous prĂ©senter une papeterie que jâadore All the Ways to say (site internet ici). Jâaime leur engagement pour la planĂšte et quâils essaient au max dâimprimer en France (80% de la production tout de mĂȘme) đ
Voici ma petite sélection spéciale printemps, les couvertures sont magnifiques et donnent envie de flùner, partir en vacances⊠Ce sont des 64 pages au format A5.
Carnet 1 : Medina
Carnet 2 : Paris
Carnet 3 : Flower Garden
Je suis tombĂ©e pas plus tard que la semaine derniĂšre sur Brittney Lee, une artiste qui travaille pour les studios Disney et qui rĂ©alise, en parallĂšle, des Ćuvres entiĂšrement en papier. Le rĂ©sultat est Ă©poustouflant, avec une finesse et un sens du dĂ©tail incroyable. Son Instagram ici.
Câest terminĂ© pour cette deuxiĂšme Ă©dition, jâespĂšre quâelle vous aura plu. NâhĂ©sitez pas Ă mâĂ©crire si vous avez des questions ou si je ne suis pas claire :)
A dans quinze jours,
Livrement vĂŽtre,
Isalyne
